Chronique du Mystérieux Inconnu

(ps : commencez donc par le début, c’est à dire cette pré-chronique!)

D’abord quelques chiffres. Toujours commencer par les chiffres. Se rassurer. Trouver de la cohérence.

Il m’aurait fallu un mois entier. Pour 217 pages. Soit sept pages par jours. Sept putains de pages, dont chaque mot me brûlait la rétine. Par comparaison, quand il s’agit d’un Yasmina Khadra, c’est un rythme de croisière à 150 pages / jour.

l'attentat

Seule information sérieuse de cette chronique : ce bouquin est fantastique.

Ensuite, il m’a fallu trois mois de latence. C’était médicalement indispensable. Pour digérer. Accepter ce que j’ai lu. Et, enfin, oser en parler.

J’en ai besoin. Les psychologues sont d’accord sur ce point : quand quelque chose disparaît, il faut du temps pour faire son deuil. Déni, Marchandage, Colère, Dépression, Acceptation. Je suis passé par toutes ces étapes. Dorénavant j’ai assez de recul pour parler de ce que j’ai perdu :

Mon innocence littéraire.

Car oui, avant, je pensais sincèrement que les gens se mettaient à écrire pour une raison. Cela pouvait être se faire mousser l’égo à coup de brosse à reluire (tout bon Ecrivain Maudit saura de quoi je parle), ou simplement se faire des tunes (tout bon lecteur d’Amélie Nothomb saura de quoi je parle)

barbe bleue

Par ce que bon, un remake de Barbe Bleue… Et puis on est tellement convaincu de l’efficacité de l’histoire qu’en couverture on va mettre…l’auteure !

Au moins, à chaque fois, il y avait une raison. Une cohérence. Un truc rationnel, bordel !

Et puis il a fallut que je tombe sur ça :

Le mystérieux inconnu

Pourtant, aux vues des circonstances ayant mis ce bouquin sur ma route, on pouvait parler de conte de fée (un règlement de compte de fait serait plus juste pour qualifier cette chronique). Je l’avais vu sur sa devanture de librairie, moche, sûrement invendu depuis des années. Il m’a ému. Sa couverture cornée a humidifié la mienne. Je l’ai pris en pitié. J’ai décidé de le prendre sous mon aile, lui promettant un foyer (le fond d’une cheminée ? penserais-je deux jours plus tard). Au moment de passer à la casserole caisse, le vendeur m’a confirmé la qualité de l’ouvrage d’un torve « Beuuuuaf » (j’étais à Paris, je n’allais pas, en plus, demander un sourire).

Slenderman

Expression faciale typique du parisien

Et puis, quatre euros, ce n’est pas si cher…

Grossière erreur ! Quatre euros, pour cette chose, c’est quatre euros de trop. Voir plus, tant on devrait nous payer pour s’infliger ces assauts linguistiques à longueur de pages. Quelques jours plus tard, remplis de regret, je pensais à tout ce que j’aurais pu avoir avec ces quatre euros…tant de cafés et de … non, je déconne. Je suis à Paris, nous parlerons donc plus d’un demi café pour ce prix.

Demi Café

Voici à peu près la quantité de café que l’on peut se payer à Paris avec 4 euros. Encore que le dessin soit trompeur : ce n’est pas par ces vêtements qu’il passe…on ne l’appelle pas « jus de chaussette » pour rien.

Et moi, j’étais tout fier de mon côté « je prends des bouquins au hasard, je laisse le destin choisir pour moi, je refuse les choix de la société de consommation, révolution !, JK Rowling tu peux aller te faire voir chez les Serpentars ».

Une place à prendre

JK Rowling : Une place à prendre. Quel titre idiot. « Le mystérieux inconnu », c’est bien plus original.

Le début me met en confiance. De plus, un subtil orgueil m’empêchait d’admettre que j’avais pu me tromper. (Soit dit en passant, cela démontre l’incroyable perversité de l’auteur : IL EST CAPABLE DE BIEN ECRIRE, le saligaud).

Voyez plutôt la première phrase :

« Le 24 avril 190… vers six heures du soir, un navire, battant pavillon anglais, stoppa à l’entrée du vieux port de Marseille et, aussitôt, hissa le drapeau jaune pour demander le service de santé. »

Sincèrement, ça passe. C’est plat, terne, tout ce que vous voulez, mais ça passe. Les mots sont dans un ordre à peu près cohérent, on pourrait se laisser tenter par la ligne suivante. Certes, une légère surabondance de virgules, on se dit que ça évoluera (ce ne sera pas le cas). On ne comprend pas forcément ce besoin de cacher le dernier chiffre de l’année, sans doute mettre une part de mystère (d’ailleurs ce sera la chose la plus énigmatique de l’histoire. Je rappelle qu’il s’agit d’un bouquin policier).

Alors on continue.

Et le drame arrive.

Tout d’abord, on s’interroge. Pourquoi l’auteur possède-t-il le besoin compulsif de revenir à la ligne à peu près tout le temps. Un effet de style ? Donner du liant à cette glaise littéraire ? Mon opinion personnel est qu’il savait pertinemment que son histoire n’allait pas tenir plus de cinquante pages et qu’il devait donc l’étayer à grand coup de vide, histoire de la faire tenir un peu.

gruyère

Voici une image qui symbolise bien la structure de ce livre. La comparaison s’arrête là, car le gruyère, lui, s’affine avec le temps.

Au bout de trois pages (je suis sérieux, il s’agissait vraiment de trois pages), j’ai eu l’envie incontrôlable de balancer ce bouquin le plus loin possible, si possible dans une poubelle. Puis de m’en laver les mains, histoire d’éviter une quelconque infection.

Puis j’ai réfléchis.

Cette expérience serait unique. Si je pouvais supporter cela, je m’approchais de l’immortalité. Je n’aurais pas d’autres occasions de tenir un ouvrage comme ça entre les doigts. Et puis quoi, quatre euros…Alors autant rentabiliser. Autant lire, subir, survivre, puis faire ma catharsis sur ce blog. Que les générations futures soient averties.

C’est donc en tant que citoyen consciencieux que je vais, dorénavant, descendre en flèche cet odieux ouvrage qu’est Le Mystérieux Inconnu.

1)      L’Histoire.

Nous commencerons donc par le fond (enfin, nous commencerons par le toucher). Comme ça, un bon coup de talon et…non, en fait, on restera au fond.

Je connaissais l’écriture intuitive (déjà assez mauvaise), mais pas le roman intuitif (alors là…). Macabre découverte. On a clairement l’impression que l’auteur écrit l’histoire au fil des chapitres, rajoutant des personnages et des situations quand l’inspiration lui manque. Ainsi, point de fil d’Ariane pour survivre dans ce labyrinthe, juste un tissu d’idioties incohérentes, tressé n’importe comment, histoire que la veste que l’on se prenne soit vraiment moche.

Si le mystérieux Inconnu était un vêtement, ce sera cela. Notez que les trous dans le scénario sont extrêmement bien représentés.

Mais bon, soyons honnête, il y a un ersatz de cohérence. Voici un résumé que je vais tenter, au possible, de rendre neutre.

Une personne enchaîne crime après crime, les victimes n’ayant apparemment aucun lien entre eux (ce qui sera le cas). Ce meurtrier est poursuivit par l’inspecteur Lapipe, qui jure de mettre la main sur ce criminel, ce qui serait le couronnement de sa carrière.

Plus tard dans le livre, nous apprenons que ce mystérieux inconnu est en réalité un ancien membre de l’armée française, injustement accusé de trahison vingt ans plus tôt. Cassons le mystère (on l’apprend en plein milieu du livre), il s’appelle Paul de Vareille. Il s’est évadé avec l’aide d’un gardien persuadé de son innocence. Il va vivre une vingtaine d’années aux Etats-Unis puis revenir en France pour prouver sa non-culpabilité (projet qui semble donc impliquer une série de meurtres). Accessoirement, il va aussi vouloir épouser Ginette, la fille du gardien qui l’a aidé à s’évader et à qui il avait promis de s’occuper.

Voici la trame générale. Nous remarquons déjà la cohérence de la chose : quoi de mieux que de promettre à quelqu’un de veiller à sa fille et de se barrer durant vingt ans aux Etats-Unis ? (accessoirement, quoi de mieux que de confier sa fille à un prisonnier que l’on ne connait ni d’Adam ni d’Eve et que l’on fait s’évader?)

Et donc, quand Paul de Vareille revient en France, il prend bien soin de tuer quelques personnes avant de demander Ginette en mariage (déjà à l’époque, les filles aimaient les bad boys).

Mais alors que cette histoire pourrait honnêtement combler une petite cinquantaine de page, l’auteur use et abuse de subterfuges pour gonfler cette intrigue. Et transformer ce qui pourrait passer pour potable en une sorte de bouillie indigeste.

Samuel L. Jackson

« J’ai eu le malheur de lire le Mystérieux Inconnu d’un seul trait étant petit. Ça m’a coûté un œil. C’est pour ça que je refuse de voir the Avengers avec celui qu’il me reste, j’y tiens trop. »

Tout d’abord, il va mettre pléthores de personnages, tous plus inutile les uns les autres.

Rajoutons un concurrent à Lapipe : l’inspecteur Wilson, des Etats-Unis. Pour résumer, il fera tout ce que fais Lapipe, mais en mieux. Ce qui ne l’empêchera pas d’être complètement inutile (zéro fois quoi que ce soit, de toute façon…).

Une baronne russe qui ne fera pratiquement rien (décidément, c’est une manie dans ce bouquin) à part se faire kidnapper et sauver par Paul de Vareille, histoire de montrer que le mystérieux inconnu n’est pas un si mauvais bougre. Et surtout cela permet à l’auteur de remplir une dizaine de pages supplémentaires.

Un militaire français qui cherche à séduire Ginette, la fille du gardien qui a libéré Paul vingt ans plus tôt (attention, il faut suivre). Il se fera tout simplement tuer par Paul, ce qui ne semble nullement gêner Ginette.

Ajoutons à cela une multitude de quasi-figurants, des brigands, un anglais…ils parleront pour l’unique fait que les dialogues permettent d’aller encore plus souvent à la ligne.

Notons d’ailleurs qu’à chaque fois, l’auteur fait un réel effort pour accoler absolument tous les clichés possibles propre à chaque personnage. Histoire d’être bien sur d’ôter à son libre toute trace de réalisme.

Ainsi l’anglais ne se départit jamais de son « flegme imperturbable » (page 45), ponctuant chacune de ses phrases d’un « By Jove » bien envoyé.

(ps : toutes les citations entre guillemets sont rigoureusement authentiques)

Les attachés militaires sont forcément des espions puisque « la principale mission de tous les attachés militaires que les puissances envoient les unes chez les autres est de se livrer, plus ou moins, à l’espionnage. »

Les bandits (dont le fameux Zizi La Monde de la pré-chronique) sont forcément de la classe populaire, avec leur langage à eux :

« Te fais pas de bile, Marquiso ; ça bichera…c’est couru, quoi ! Les pépettes sont à mézigue…même que j’ai promis à Titine une toquante en or, grosse comme mon œil ! »

La Baronne russe s’appelle forcément Olga. Elle est forcément belle, riche, perfide et espionne. (Ne faisons pas les choses à moitiés).

Comme sait-on que c’est une espionne ? C’est tout simple :

« Quand une femme de ce genre débarque tout à coup à Paris sous une étiquette de si haute envergure, dépensant sans compter, essayant de se faufiler partout, cherchant surtout à s’entourer d’officiers, il y a gros à parier qu’elle se livre à l’espionnage. »

Car oui, c’est bien connu, quand on veut être espion, autant se faire remarquer le plus possible.

Ah oui, elle est aussi faible et fragile puisque, vous voyez, c’est une femme. Non, ce n’est pas misogyne, toutes les personnages féminins sont, eux-aussi, des clichés sur pattes (ce qui, au moins induit une certaine égalité des sexes. Mais dans la médiocrité).

Prenez Ginette, par exemple. La jeunette que Paul à promis de protéger, ce qu’il fera en partant jouer vingt ans au cowboy. Forcément, la pauvre fille est une « honnête et laborieuse orpheline qui luttait héroïquement contre l’injuste caprice de la destinée ». Tant que ça. Rajoutons que, comme toute Cendrillon qui se respecte, elle parle aux oiseaux: « N’est ce pas, Fifi, que le cœur de Ginette n’est pas à vendre ? », Fifi était son oiseau en cage. On s’attendrait presque à ce qu’elle se mette à chanter en se coiffant les cheveux.

Cendrillon faisant le ménage

« Un jour mon tueur en série viendra… »

Et si l’on suit cette logique de foire aux clichés, il n’y a qu’à se rappeler que Lapipe, qui représente l’excellence française en matière de police, est un abruti total, encensé par ses pairs pour ce qu’il n’est pas. Subtil critique de la société française? J’en doute, cela impliquerait l’existence d’un second degré dans ce livre, et ne rêvons pas.

Voici pour les personnages officiels.

But wait, there is more.

Et oui, il y a plus! Nous nous devons de rendre un juste hommage à deux autres personnes extrêmement important dans ce bouquin.

Les plus importantes, en fait, car elles révèlent A-BSO-LU-MENT tous les mystères du livre. J’ai nommé.

Le hasard.

Le narrateur.

(ils méritent même d’être en gras, c’est dire. Lapipe n’aura pas droit à un tel traitement).

Quand je dis hasard, il faut être précis. Car, comme le dit notre cher Guy de Teramond, il faut « compter un peu sur le hasard et beaucoup sur la chance. »

(Quelqu’un peut-il m’expliquer cette phrase ?).

C’est ce bon vieux hasard qui va permettre de résoudre les problèmes. Ce qui n’empêchera pas les protagonistes de féliciter Lapipe pour son flair légendaire (alors que, pour rester dans le champ lexical du nez, c’est vraiment plus au « pif » qu’il a tout résolu).

Longtarin

La seule personne des forces de l’ordre à avoir un sacré flair, c’est lui.

Tous, vraiment ? Voyez plutôt :

Paul de Vareille, le « méchant / gentil du livre » (attention subtilité) a un but. En effet, « son unique désir était de faire sa femme de la petite ouvrière », histoire de bien rester dans le cliché jusqu’au bout.

Soit dit en passant, cela n’empêchera pas Popaul de Vareille (comme c’est un gland, le jeu de mot m’a échappé) de défenestrer sans vergogne l’inspecteur Lapipe sous les yeux de sa douce (en plus du triple meurtre, j’entends). Un reflexe de sa dure vie de cowboy, j’imagine. Et Ginette doit vraiment aimer les badass puisqu’il fera cela lors de leur première rencontre et qu’elle ne lui en tiendra absolument pas rigueur.

Qui permettra à ce bon vieux Lapipe de s’en sortir ? Mais le hasard, bien sur. Il rebondira sur un store et atterrira sur ses pieds. Du Tex Avery avant l’heure.

Mais comment Lapipe s’est-il trouvé au même endroit que le mystérieux inconnu ? Une brillante déduction ? L’éclat de son intelligence ? Vous aimeriez bien, hein ? Naïfs ! Vous y croyez encore ! C’est ce bon vieux hasard bien sur, toujours prêt à rendre service, qui le fera se trouver dans le même escalier que lui. Je ne rigole pas, la preuve par la citation :

« Or, les circonstances avaient voulu qu’il eût précisément monté l’escalier derrière l’homme qui entrait chez Ginette. »

Lapipe s’y étant rendu pour une histoire qui n’avait absolument rien à voir. C’est fou, la vie.

Continuons de remonter le fil de l’histoire. Une centaine de page plus tôt, comment est ce que Paul retrouvera Ginette ?

Très simple, à peine de retour d’Amérique qu’il sauve une jeune fille. N’importe laquelle ? N’oubliez ce bon vieux hasard ! En lisant le journal, le lendemain…

« Il avait lu avec un profonde stupéfaction le nom de Ginette Levasseur. Ainsi donc, un inconcevable hasard l’avait mis, dès ses premiers pas dans la ville, […] en face de la fille du brave homme qui, le premier, avait cru son innocence »

Inconcevable, en effet.

Ce hasard viendra régulièrement nous rendre visite (toutes les trois pages environ), pour rajouter du liant à ces blocs d’incohérences qui forment ce pavé. Comment est ce que Paul connait Newton (l’inspecteur américain)? Très simple :

« Il le connaissait pour l’avoir rencontré plusieurs fois au Consulat, et s’être, depuis, souvent trouvé à une table proche de la sienne, au café Napolitain, où le détective allait, tous les jours, prendre son apéritif, en lisant les journaux du soir. »

La magie du romanesque.

Et surtout, la plupart des personnages semblent être entièrement d’accord de la main mise de ce sacré hasard sur le scénario. Newton, par exemple, reçoit un coup de fil d’un policier appelant par erreur sa hiérarchie pour donner des informations. « Une circonstance inespérée », comme nous le dira Newton lui-même en page 143…d’autant que, quitte à ronger de vieilles ficelles de scénario, cela se produira deux fois !  « La providence venait elle, une fois encore, à son secours ? » (p 151), c’est à peu près ça mon bonhomme.

Pour être vraiment retors, sachez que d’ailleurs de ce policier était en fait Paul de Vareille qui voulait duper Newton, persuadé que ce dernier goberait cette histoire d’erreur.

Capillotracté ? Vous êtes médisant.

Pour avoir un résumé de cela, il suffit de voir la définition que donne l’auteur d’un indice. « Un simple hasard, un de ces indices vagues dont c’est notre métier de tirer parti ». Au moins, ça a le mérite d’être clair.

Le narrateur

Le narrateur, quand à lui, se charge de nous expliquer ce que l’inspecteur Lapipe ne va pas découvrir par lui-même, c’est-à-dire à peu près tout. La vie entière de Paul de Vareille va y passer, celle de Olga la baronne et de Ginette, histoire d’être sur d’avoir assez de pages pour pouvoir appeler cela techniquement un livre (j’insiste sur le techniquement).

Livre

C’est bon coco, y’a assez de pages, tu peux t’arrêter

Mais le plus important, c’est qu’autant parfois le narrateur nous parle de choses dont on se tamponne allègrement comme à peut près tout le livre, autant il se garde bien d’expliquer les choses qui pourraient nous intéresser, pour ne pas s’embarrasser par un quelconque travail narratif.

Par exemple :

« Nous ne nous chargerons pas d’expliquer comment le rapport que venait d’écrire le commissaire central de Marseille sur l’affaire du Black Old Dog, était, une demi-heure plus tard, entre les mains du consul américain de cette ville. »

Au moins, ça simplifie les choses : l’auteur écrit sa tambouille, et passe sous silence ce qui nécessiterait le moindre effort de sa part. Mais au lieu de subtilement masquer les lacunes scénaristiques de l’ouvrage, il les met clairement en avant, comme s’il publiait ses notes de rédaction au lieu du travail fini. D’un autre côté, c’est honnête. D’autres ne font même pas cet effort.

De même, pour endormir Lapipe, l’inconnu va utiliser « Un soporifique ou un stupéfiant quelconque ».

Pourquoi ne pas choisir entre les deux ? Sincèrement, ne se fout-on pas allégrement de ce détail ? Nous sommes au début de l’histoire, et c’est un prétexte pour justifier l’erreur de jugement de l’inspecteur. Par la suite, l’écrivain ne s’embarrassera même plus d’excuses pour justifier l’incompétence de son abruti de héros.

Justement, parlons-en de ce Lapipe. Il mérite bien une partie à lui tout seul.

Inspecteur Lapipe

Je ne sais pas si c’est à cause de son patronyme, mais ce « héros » passe le bouquin entier à se faire enfumer. Il est curieux de voir que, le thème principal de cet ouvrage étant (plus ou moins) l’honneur militaire de la France (rappelons que le mystérieux inconnu est un ancien militaire accusé à tors de trahison), celui sensé être une légende de la police française se fait proprement avoir tout le long de l’ouvrage, en particulier par son homologue américain.

De plus, comme tout bon français, Lapipe est grognon.

Non. Je fais dans l’euphémisme. Soyons plus honnête :

Lapipe est con. Et méchant.

Mais vraiment. Il n’est pas con-gentil comme un sympathique Pignon. Il n’est pas méchant-génial comme un boiteux médecin. Lapipe est le sommet de la bêtise et de la suffisance, renforcé par tous ces acolytes qui ne peuvent pas s’empêcher de le trouver génial.

Un exemple ? Je sais que vous en redemandez !

Quand il donne un rendez-vous secret, Lapipe le cri assez fort pour que le « Mystérieux Inconnu » l’entende (qui se trouve donc à côté, sacré hasard une fois encore).

« Il avait, en parlant, élevé la voix sans y prendre garde. L’enseigne qui, pendant ce conciliabule, s’était peu à peu approché de lui, entendit ces derniers mots ».

Résultat, Lapipe se fait flouer. Encore (redondance).

En outre, Lapipe a un vocabulaire bien à lui. Des expressions bien à lui. Du terroir, et du territoire des râleurs. Il parle le bon français de chez nous, tu vois. Était-ce le style littéraire du siècle dernier ? J’en doute sincèrement. Je dirais plutôt que Lapipe est un beauf.

Lapipe s’énerve ? Voilà ce qu’il va dire :

« Imbécile ! […]  On n’a pas idée d’une tourte pareille, même aux Batignolles ! »

Lapipe s’énerve encore ? (en fait, Lapipe s’énerve toujours)

« Dire qu’on aura télégraphié cela à cinq francs le mot ! On eût mieux fait d’employer cet argent à acheter de la moutarde ».

Mais oui, de la moutarde !

Amora

Lapipe. Par amour du (mauvais) goût.

Et on continue (si si, il s’énerve encore) :

« Ah ça, sursauta-t-il, c’est encore vous ? … Vous ne me laisserez donc jamais tranquille ? Non, ce que vous commencez à me courir sur le kiki ! »

Mais oui, le kiki !

Courir sur le kiki

Même Google ne sait pas quoi sortir sur « courir sur le kiki ».

En passant, on apprend que « sursauter » est dorénavant un synonyme de « dire ».

S’adressant à notre « By Jove » d’anglais, il nous dira :

« Vous n’avez donc pas eu d’aïeul à Waterloo, que nous ne savez pas un seul mot de français ? »

Et quand Lapipe se parle à lui-même, ça donne :

« Sauf que l’inspecteur Lapipe serait chargé de fourrer un peu son nez dans tout cela.., et que rien n’échappe à l’œil de l’agent Lapipe…pas même les secrets que les cordes écrivent sur les murs ! »

De l’Alain Delon avant l’heure pour la troisième personne, du Jean-Claude Van-Damme pour la compréhension de la phrase.

Lapipe, en outre, aime réfléchir. N’oublions pas qu’il a un flair légendaire. Alors qu’il y a un meurtre au révolver, voici son raisonnement :

« Quel était le mobile du crime, et qui avait tiré le coup de révolver ? C’était à ces deux questions qu’il s’agissait de répondre ».

Bravo Lapipe. En fait, s’il est brillant, c’est uniquement à cause de la brosse à reluire qu’il s’applique à lui-même.

Et autant il peut avoir ce raisonnement digne d’un vulgaire Lapalisse, autant il va vous trouver des raisonnements d’un capillotractage hallucinant. Deux meurtres, qui n’ont rien à voir l’un l’autre (ni le mobile, ni le procédé), sont effectués avec plusieurs mois d’écart. Comment Lapipe va-t-il faire le rapprochement ? Tout simple :

« Je n’ai rencontré qu’un individu capable d’une semblable prouesse. »

La prouesse étant donc, je rappelle, tuer des gens. Ce n’est même plus que les ficelles soient grosses là. C’est qu’il pleut à pleines cordes sur le scénario.

Noeud de pendu

Voici la seule corde qui m’intéresse pour le moment.

Malgré tout cela, les protagonistes du livre ne peuvent pas s’empêcher de vanter l’efficacité de Lapipe, comme s’il s’agissait d’un produit de téléachat : c’est nul, c’est inutile, mais on va vous farcir la tête pour vous convaincre de son indubitable efficacité

Voici un objet de téléachat le plus approprié pour appréhender ce livre

A commencer par Lapipe lui-même, qui dira, pas modeste pour un sous :

« Il est joliment fort, mais je suis aussi malin que lui. »

Et même quand il fait de grossière erreur, il retombe sur ses pattes. Petit extrait :

« Lapipe se retourna, furieux, vers l’hôtelier :
– Ah ça, vous ne pouviez point m’avertir qu’il était facile de filer de cette façon-là ?
L’autre répondit, un peu interloqué :
– Vous ne me l’avez pas demandé, Monsieur l’Inspecteur.
La colère de celui-ci tomba aussitôt
C’était à lui de se frapper la poitrine, et de dire son mea culpa.
Un pareil défaut d’observation était inexcusable de sa part.
Le fin limier qu’il se vantait d’être, avait agi, dans toute cette affaire, comme un véritable débutant.
Les plus malins des policiers ont parfois de ces défaillances incompréhensibles ».

Et on n’est qu’en page 39 ! Pour info, la mise en page est d’origine, l’auteur ayant cette fâcheuse habitude, je vous le rappelle, de revenir à la ligne dès qu’il finit une phrase.

Et quand ce n’est pas Lapipe ou le narrateur qui le congratule, c’est le chef de sécurité, lui-même qui en remet une couche. Par exemple, page 207 : « vous avez un flair merveilleux inspecteur Lapipe ».

Pourquoi une telle flatterie ? Attention, (tentative d’) explication. Un pistolet a été retrouvé sur le dernier meurtre, ayant un numéro de série. Or, le capitaine du bateau par lequel l’inconnu est venu d’Amérique (200 pages plus tôt) avait noté ce numéro de série sur son carnet ! Pourquoi? on s’en fout. Mais c’est ce qui permet de faire le lien entre le meurtre et le mystérieux inconnu.

Et comment Lapipe a-t-il reprit contact avec ce capitaine ? Une intuition quelconque ? Que nenni, il le rencontre par hasard dans la rue deux pages plus tôt ! « Un passant » l’arrête (ce n’est même pas lui qui le reconnait).

Décidément, ces félicitations sont amplement méritées. Avec autant de cirage, Lapipe est bien lustré.

Ainsi, le plus grand allié de Lapipe n’est pas son intelligence, au contraire d’un basique Sherlock Holmes. C’est le hasard. Mais bon, cela, au moins, permettra de coffrer le méchant tueur…

Je rigole ! La seule personne que coincera Lapipe, c’est Ginette, l’une des rares personnes à peu prêt innocente du bouquin.

Comment ? La seule ? Vous voulez dire qu’il ne va même pas pincer le « mystérieux inconnu » et l’envoyer en taule, accusé de plusieurs meurtres ? Et ainsi donner une fin quelque peu acceptable à ce bouquin ? Y mettre une once de crédibilité, histoire de sauver l’honneur ? Laissez-moi tuer cet espoir dans l’œuf en vous dévoilant la fin de l’histoire :

 Le criminel se rend à la police, croise Lapipe sur le chemin (hasard toujours) explique au commissaire la raison de chacun de ses meurtres et s’en va LIBRE COMME L’AIR.

Ce n’est pas une blague, je n’en ai même pas besoin.

La preuve par les mots.

Le mystérieux inconnu va, un a un, justifier ces crimes au Chef de la Sécurité.

Il assassine quelqu’un dans un hôtel ?

« J’ai du défendre ma vie contre un misérable d’hôtel. Est-ce qu’il n’y a pas là un cas de légitime défense

Cela passe comme une lettre à la Poste puisque le chef répond le plus naturellement du monde :

« En effet, et d’ailleurs nous ne songeons nullement à vous le reprocher. »

Le crime suivant ?

« Lâchement attaqué dans mon honneur, j’ai infligé à ce louche personnage, coupable de l’abominable forfait d’avoir fait condamner un innocent, le châtiment qu’il méritait ».

Réponse laconique de Lapipe « c’est possible. ».

Elite policière de la nation, bonjour. Tout le monde sait qu’au début du 20ième siècle, en France, la vendetta était courante et avait l’aval bienveillant des autorités.

Enfin pour le dernier meurtre (celui au pistolet), comme c’était un traitre, Paul de Vareille dira « j’ai rendu un grand service à mon pays ».

Accessoirement, ce n’est absolument pas la raison de son meurtre : il voulait juste l’empêcher de tourner autours de Ginette.

Quant au fait d’avoir voulu de tuer l’inspecteur Lapipe en l’envoyant valdinguer par la fenêtre, on va oublier, ça sera plus simple. Comme l’inspecteur avait eu « la chance inespérée de tomber sur le store d’un café », tout rentre dans l’ordre dans le meilleur des mondes.

– Vous avez bien raison. Acquitté ! »

Après cela, Paul de Vareille décide d’épouser Ginette, ce qui permet à Lapipe de dire la dernière réplique du live :

« Et dire que ça finit toujours par un mariage, ces sacrés histoires-là ! »

Et ceci, messieurs dames, est le mot de la fin. Aucun rapport avec l’histoire, bien sur, ce qui, paradoxalement, met cette phrase dans la droite lignée du reste du bouquin.

Voilà pour le fond.

Vous allez me dire : une histoire affligeante peut se laisser porter par une beauté narrative, comme cela est de même dans tous les arts, par ailleurs.

Drive

La preuve par l’exemple : histoire à chier, film excellent. Et non mesdames, ce n’est pas (que) grâce à Ryan Gosling.

Et bien non ! Voilà pourquoi :

2) la Forme

Imaginons plutôt le mystérieux inconnu comme un tictac. Vous savez, après le sucré, il y a ce goût horrible qu’on nous fait passer pour le « cœur de fraicheur ». Ici, non seulement le cœur de l’histoire est horrible, mais l’enrobage est encore pire et réinvente le concept de torture oculaire.

Saw

« On va jouer à un jeu. Tu vas lire « Le Mystérieux Inconnu » d’une traite. Vivre ou mourir, fait ton choix. »

Mais assez palabré. Places aux exemples.

Tout d’abord, parlons de la finesse et l’originalité des expressions. Pardon : des lieux communs. La recette est toute simple : nous prenons une phrase clichée, et ne changeons absolument rien. Cela nous donne  (liste TOUT sauf exhaustive, il y en a à foison):

« Lapipe se leva brusquement comme mû par un ressort.»

« Alors, quatre à quatre, il monta à la chambre de l’hôtelier à l’étage au dessus. »

« La réalité lui apparaissait si horrible qu’il se demandait s’il ne s’éveillait pas d’un cauchemar »

« Il s’enfonça dans la nuit »

 « Il était passé en une seconde de vie à trépas. »

Et comment décrire cette personne une fois morte :

« Monsieur Korpfstrauss gisait dans une mare de sang »

Ah, la mort, vous savez, celle qui est avant tout un « éternel sommeil »

Et oui, dans ce grand étalage au cliché, tout y passe, de la phrase la plus plate à la plus redondante, aucune économie dans la médiocrité !

Et puis, il y a l’utilisation de mots…approximatifs, comme, par exemple…

« Toutes ces idées pétaradaient simultanément dans son cerveau, avec la rapidité d’un éclair. »

Vous l’imaginez, le feu d’artifice qui flambe dans la tête de Lapipe…tout ça pour nous le faire passer pour une lumière…

Enfin, faisons une ovation silencieuse pour ces cohérentes scènes paradoxales que nous trouvons :

 « Mais sur le seuil, elle tomba évanouie, en poussant un cri déchirant ».

C’est une très difficile synchronisation : il faut absolument s’évanouir en même temps qu’on pousse le cri. Sinon ce n’est pas du jeu.

« Aussi murmura t il à voix basse, en l’honneur du triomphe de son pays, un formidable : « Hip Hip Hurrah ! » »

Heureusement que le « formidable » cri est murmuré à voix basse. Il serait bien moins efficace sinon.

Enfin, il y a les situations, d’une originalité folle. Si vous aimez les clichés, même les clichés d’époque faîtes vous plaisir avec ce passage :

« Et les bandits effarés virent, à la lueur clignotante de la bougie, un homme qui, une cigarette à la bouche, les bras croisés, dit avec calme à la belle Russe

– vous n’avez plus rien à craindre, Madame, de ces misérables. »

Avouez que vous l’imaginer ensuite prendre sa cigarette entre deux doigts et s’en débarrasser d’une chiquenaude, avant de tâtonner la gueule à ces malotrus. Hein, hein ?

 

Dans le genre phrase virile, je préfère quand même celle-ci

A cela, ajoutons les phrases qui…n’ont pas de sens.

« Le voleur n’avait eu de garde de ne pas l’emporter. »

Ou qui sont juste fausses grammaticalement

« Les nouvelles dans les journaux avaient passé inaperçu »

Une personne rajoute dans une discussion une information complètement différente ? Que nenni, elle « corrobore » tout de même.

J’ai l’impression que Guy de Teramond n’a pas suivis ses cours de 9ième étant jeune. l’accord des auxiliaires et tout ça. Il est bon pour un check-up complet niveau syntaxe.

Et parfois, l’auteur pousse le concept de fainéantise narrative au point de changer d’avis sur une situation instantanément ! Prenez cette bonne vieille baronne russe qui se fait kidnapper (rappelez-vous,  c’est l’une de ses principales activités, en plus d’être perfide et traitresse).

Le bandit rassure la baronne « il ne vous sera fait aucun mal, et vous serez traité avec les respectueux égards qui vous sont dus… »

Tout va bien donc ! On cesse de trembler pour la belle et perfide russe. Mais juste après, voilà t’y pas que le bandit ajoute « au premier appel, je vous coupe sans pitié le nez et les oreilles ! ». Et ceci à la MÊME PAGE ! (la 92, pour les curieux). Aucun mal, on vous dit.

 

 

D’un autre côté, l’ablation du membre ne semble pas toujours douloureuse

Et ce n’est que trois pages après son enlèvement que la baronne comprend « qu’entre les mains de ces brigands, il était inutile de résister ». Un peu longue à la détente, notre amie espionne/russe/riche/baronne/Olga. Je comprends qu’elle se soit trouvée dans le même bouquin de Lapipe.

Et enfin retour sur la mise en page. Comme je l’ai dis précédemment, l’auteur semble avoir un sérieux problème pour ne pas sauter à la ligne comme un maniaque à la fin de chaque phrase. Une histoire de quota à remplir, j’imagine. Un seul exemple :

« Il raccrocha…regarda…
La chambre numéro 11 était vide.
Il s’était donc passé quelque chose !
Mais quoi ?
Il fallait l’éclaircir sur l’heure.
Il revient au numéro 10, frappa vigoureusement.
On ne répondit pas. »

Les japonais utilisent à escient la notion de vide dans les arts ou les jardins. Mais cela est sensé donner un sentiment de plénitude, et non pas un sentiment d’épilepsie.

Enfin, pour finir, je vous propose le concept de nuance à la sauce Teramond.

Lapipe est content ? Trop subtil. Écrivons plutôt :

« Soudain une joie immense le secoua »

L’auteur aime bien la notion de tremblement d’ailleurs (tellement original pour décrire un état du corps) puisque la baronne, quant à elle, est « secouée par un pressentiment soudain ».

Quelqu’un est surpris ? Nuançons :

« Le tonnerre, tombant à ses pieds, lui eut causé moins de stupeur ». (124)

La notion de stupeur après le tremblement. La boucle avec Amélie Nothomb est bel et bien bouclée.

Stupeur et tremblement

Mais arrêtez, heuuuu. Celui là c’est un de mes premiers, alors il est bien, nooooon ? (tiens, déjà la tête de l’auteure pour vendre)

Et ceci est le mot de la fin !

A présent, je vous propose un jeu :

Si une personne est assez brave pour lire le « Mystérieux Inconnu », je lui envoie ! Elle n’a qu’à me contacter par email. La condition étant de lire INTERGRALEMENT ce bouquin, et de trouver d’autres pépites que mes yeux ensanglantés n’auraient pas vu ! Et oui ! Préparez vos pupilles et vos papilles, car vous allez déguster !

Si vous connaissez, vous aussi, ce genre de livre a teneur épileptique, envoyez le moi ! Je me ferais une joie de souffrir pour vous (c’est mon petit côté nombrilo-maso-christique) et de démonter, pierre par pierre, page par page, cet ouvrage dans une nouvelle chronique !

Enfin, devant le plaisir jouissif (et cathartique, il faut bien le dire), que j’ai eu à l’écrire, je pense que je ne vais pas m’arrêter là, et je vais continuer à détruire les bouquins qui m’ont traumatisés. Je sais par ailleurs quelle sera ma prochaine cible.

Il s’agit d’une œuvre dont la trilogie romanesque a eu l’exploit d’aboutir à une trilogie cinématographique encore plus mauvaise. Vous ne savez pas de quoi je parle ? Voyez ces exemples, et admirez la qualité des dialogues :

Je sens que je vais me mettre à dos une assez importante partie de la population internaute-geek…qu’importe, ça fera de la pub !

PS : le seul intérêt de cette trilogie, c’est CE détournement :

 

 

 

A bientôt !

Amanalat

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7 commentaires pour Chronique du Mystérieux Inconnu

  1. bastienzara dit :

    J’suis d’accord, j’trouve pas ça cool Legolas qui surfe sur un bouclier, ça fait un peu cliché du surfer blond, d’ailleurs ça fait penser au début de « Savages » (nul à chier ce film) avec les deux héros du film. Mais bon, je peux (pas) retirer cette scène du film, ça (rajoute) de l’action.
    Quand au livre, je n’ai même pas pris la peine de finir le début du bouquin tellement ça m’a gonflé. Après il faut savoir que le réalisateur était un débutant, que le projet était colossal, qu’écrire un scénario ça se fait pas en 5mn (d’ailleurs respect au scénariste, moi qui veux retranscrire Everworld en scénario j’ai intérêt à me mettre au café), mais le coup du surfer, le casting de Legolas en mode trop « Lorelianne, parce que tu ne vaux rien ! » c’est aussi de la faute du réalisateur. C’est pas facile de faire passer à l’écran un elfe, en dessin c’est mieux, mais là en l’occurrence c’était un mauvais choix d’acteur puisque les autres elfes sont bien mieux.
    De là à critiquer l’oeuvre en la démontant à coup de démonte-pneu je suis pas d’accord. C’est une très belle histoire. En plus Tolkien a participé à la Première Guerre mondiale, il était prof de vieil anglais à Oxford (pas Lyon 2 quoi), le mec il invente une langue (juste comme ça, déjà faut être fortiche en grammaire). C’est juste dommage qu’il aie tout plombé avec le début du bouquin parce qu’on m’a dit (d’après ceux qui ont lu la suite) que le livre était génial.
    Cependant (il y a toujours un cependant) j’ai lu en entier Bilbo le hobbit et j’ai carrément aimé ! D’ailleurs j’espère que le réalisateur va arrêter ses conneries et nous offrir quelque chose à la hauteur du livre.

    Amicalement,

    • Amanalat dit :

      Enfin un débat ! Parfait !

      Alors : le budget colossal et le réalisateur débutant : JUSTEMENT ! Avec un budget colossal, ils peuvent au moins choisir le réalisateur qui leur semblait le mieux pour cette adaptation. S’ils ont pris Jackson, c’est qu’ils estimaient qu’il faisait l’affaire. A partir de là, plus d’excuse.

       » qu’écrire un scénario ça se fait pas en 5mn » : c’est pour ça qu’on a inventé ce fabuleux métier appelé « scénariste ». Si les gens s’engagent à transcrire le Seigneur des Anneaux en film, il faut en assumer les conséquences, notamment le lourd travail d’adaptation.

      Je ne démonte pas l’histoire au démonte pneu (quelle drôle d’idée): je ne l’ai pas encore fait (je rappelle que cette chronique ne parle PAS du seigneur des anneaux !).

      « C’est une très belle histoire » Pardon ?? Résumé :

      Bon sang, cet anneau est maudit, il incarne Sauron, le super méchant de ce monde (qui a dit manichéen?). Allons le détruire à l’endroit même où il a été créé. Bon, sur le chemin, nous aurons pas mal de méchants à castagner. Mais tant mieux, ça rajoutera des pages.

      « En plus Tolkien a participé à la Première Guerre mondiale »…heu, et alors? c’est là qu’il a chopé son don pour le manichéisme? En soit sa vie est peut être intéressante, mais n’entre pas en compte pour juger son œuvre.

      « il était prof de vieil anglais à Oxford (pas Lyon 2 quoi) » : encore une fois : et alors? Je n’ai jamais fais d’étude littéraire, pourtant j’écris, et surtout j’espère que les gens jugent mes textes pour ce qu’ils sont, et non pas sur mon cursus. Il peut être agrégé de je ne sais quelle université, s’il écrit mal, il écrit mal, point. Le talent ne s’achète pas avec le diplôme, que je sache (je sais, beaucoup de recruteurs n’ont pas encore intégré ce concept, quelque soit le domaine).

      Cela me fait penser à un forum qui défendait corps et âme le Seigneur des Anneaux, vouant aux gémonies les réfractaires. A la critique : « chez Tolkien, c’est le bien contre le mal », les gens répondaient « oui mais bon, c’est qu’il était très croyant »…et alors? Une explication n’efface pas, comme par magie, la faiblesse de l’ouvrage. Bon sang, dans le genre, lisez Game of Thrones, vous apprendrez le concept de nuance !

      Depuis quand les raisons externes entre en comptes (sauf s’il s’agit d’un bouquin historique ou autobiographique) ?

      « Non mais vous savez m’sieur, si j’ai pas fini l’histoire, c’est que j’ai pas eu le temps, vous voyez, j’avais de la famille à la maison et… »

      A un moment, les circonstances, on s’en fiche. Ce qu’on juge, c’est le produit fini. C’est comme quand les gens disent « non mais attends, tu peux pas critiquer, il a mit 10 ans pour l’écrire, ce bouquin. »

      Je me répète mais « et alors? » Si ce n’est pas la taille qui compte (ah ah), ce n’est pas la durée de fabrication non plus. Si une personne est capable de pondre un chef-d’œuvre en 15 jours, tant mieux pour lui (Victor Hugo,a écrit « Lucrèce Borgia » en 15 jours…ce qui prouve bien qu’il n’en était pas capable).

      « D’ailleurs j’espère que le réalisateur va arrêter ses conneries et nous offrir quelque chose à la hauteur du livre. » : tu conçois donc que le film est tout pourri, n’est ce pas?

      J’ai lu le bouquin, et je le trouve chiant. C’est mon avis personnel, mais comme tout le monde semble ériger ce bouquin au rang de Bible moderne, ça m’amuse de le lire et de voir les réactions outrées de ces gens pour qui je touche un livre saint. Droit au blasphème, merde !

      PS : Pour être honnête, je concède deux chose aux films :

      Les décors (d’un autre côté, Jackson n’a pas planté les arbres lui-même)
      La découverte d’un acteur incroyablement charismatique : Viggo Mortensen

      Tchuss!

      • bastienzara dit :

        D’ailleurs, si c’est pas la taille qui compte mais la qualité, je t’invite à venir critiquer ma nouvelle horrifique le 30 Octobre dès 00h00. J’en ai besoin pour avancer… Mais bon, quand je dis critiquer c’est avec la balance du pour et du contre hein, parce que je lis tes critiques et celles de l’odieux connard et j’ai l’impression de voir un énorme missile s’abattre sur les livres et les films (faut dire que Lapipe et Cie ça se fait descendre sévère (mais je te comprends, ça piquait les yeux) et que la critique de Batman m’a bien faite rire aussi, c’était totalement ce que je pensais en voyant le film).
        J’aimerais bien présenter la nouvelle au Littérarium pour voir si ça vaut quelque chose…
        De toute façon aucun écrit ne sera jamais parfait, y’aura toujours quelque chose à critiquer !

        • Amanalat dit :

          Pas de soucis, je sais aussi faire des critiques constructives ! Sur le mystérieux inconnu, c’est juste que 1) il n’y a rien à sauver et 2) c’est jouissif !

          Tu veux dire que tu publie ta nouvelle sur ton blog le 30 octobre? Pas de soucis, je me ferais un plaisir de te dire mon avis.

          Je ne connais pas le Littérarium. Je vais le Google mais d’avance je demande : qu’est ce?

  2. Sophie dit :

    Excellent ou plutôt terrifiant !! Cela dépend si on parle de la qualité de la critique ou de la nullité du livre. La première semble bien plus passionnante (et lisible). Le tout étant accommodé d’illustrations bien détournées pour donner un ton définitivement humoristique, bien joué ! Je suis impatiente de lire ta critique du seigneur de anneaux ( que je ne suis pas arrivée à finir tellement c’est indigeste). Bon, je suis de celles qui achètent les Amélie Nothomb. Pour ma défense sur le format poche il n’y a pas sa photo !

    Autre commentaire: Avengers n’est pas si horrible que ça, malgré mes propres apriori avant d’y aller (abonnement illimité). Pour admettre ce point de vu il faut ajouter : « pour un blockbuster américains qui parle de super héros » on est d’accord !! Mais dans son « style » il y a vraiment pire et c’est regardable sans perdre un oeil (toujours comparé à ce qui se fait dans le genre);
    Enfin, je ne peux pas m’empêcher d’ajouter que « un jour mon prince viendra » c’est dans Blanche neige et non Cendrillon ! Je sais c’est détourné…mais bon, tu sembles être à cheval sur les sources 😉

    • Amanalat dit :

      Bonjour Sophie !

      Merci de ce message, et merci de ces précisions…car effectivement, je suis à cheval sur les sources !

      J’avoue (ou l’art de se décrédibiliser sur sa propre chronique), j’ai lu du Nothomb aussi, dont le premier, excellent ! Mais depuis Antéchrista… j’ai abandonné. Pour rendre justice à la dame, je l’ai brièvement rencontré lors d’une séance de dédicace et elle est très sympa.

      …si qui n’empêchera pas de poser un de ces bouquins sur ma table d’opération, mode dissection, s’il est particulièrement mauvais !

      Par contre, pour Avengers, moi je dis non ! Outre que Samuel L. Jackson soit particulièrement mauvais dans ce film (il manie parfaitement l’art de la mono-expression. Il a du demander conseil à Nicolas Cage). L’histoire est mauvaise (hou ! des extraterrestres nous envahissent ! Et nous garde bien le vrai méchant, Thanos, pour le second volet, histoire d’être sur de se faire encore plein de fric), et certains détails sont proprement hallucinants : une flèche qui pirate les systèmes électroniques ?? Sérieusement? Dans le genre, un bon Batman, oui ! Malgré Marion Cotillard.

      En tout cas merci, MERCI, de te tenir avec moi contre l’indigeste Seigneur des Anneaux ! Je finissais par penser que j’étais le seul, et des débuts de paranoïa survenaient ! Je suis content ! Enfin les gens osent parler !

      A bientôt !

      Amanalat

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