Le marinier

(Descriptif poétique du métier de marinier,
commande de l’entreprise Echelle 1.1)

Le marinier vit sur un rythme à trois temps. Régulier, répété, immuable. D’abord en courant, puis en contre-courant, enfin le pied à terre. Descendre, remonter, pause. Port, port, pause. La musique recommence. Les containers s’accrochent, se décrochent, se déposent. Croche, croche, pause. C’est la clé, et la gamme de produit est amenée au sol.

Le rythme est impératif malgré la crue du fleuve et l’accrue des eaux. Le bateau s’allège, le trajet s’abrège mais il a lieu. Il pleut, il neige, même chose. Croche, croche, pause. Malgré le chaos du fleuve et les cahots d’esquif, la péniche fend les remous comme une épée dans l’eau.

Chalon, Macon, Lyon, Fos. D’abord la descente.

Référentiel oblige, le marinier voit le bateau immobile et le décor filer. L’image s’arrête surdes aplats d’eaux calmes et de natures mortes. Parfois, la pluie tapisse d’un pointillisme brumeux ces paysages suggérés.

La descente se ponctue d’écluses remettant les choses à niveau. Puis reprend le trajet, qui va de bout en bout. De l’ébauche à l’embouchure. Des Coteaux du Rhône à ses Bouches. Fos est le terminal, ponctué d’une décharge administrative et de produits. Une fois que le ponton s’abaisse, permettant de passer ces douves portuaires, les gens s’attaquent aux containers et les descendent, les mettent à terre. Ils les vident de leur chair de matière, ne laissant derrière eux que des carcasses de métal. Ces maigres cadavres sont laissés à l’état de squelette anguleux ou se retrouvent empaillés d’autres produits et, après avoir été pillés au sol, sont empilés à nouveau sur le navire, estampillés sur le papier.

Un pied à terre et il faut repartir. Le trajet se déroule à nouveau sous la coque mais dans l’autre sens. Le navire remonte le fleuve et l’envers du décor apparaît. Le fleuve est à nouveau démonté à coup d’écluses.

Le navire accuse et se remet à niveau. Les choses se font, se défont à nouveau. La péniche fend les eaux mais les paysages ont ralentis leur course. L’espace et le temps n’ont plus le même rapport et l’eau, contraire et contrariée, rajoute au tableau une impression d’immobile.

Le jour, le marinier dirige cette avancé contre-nature. La nuit, il loge dans son lit de rivière. Puis les vallons de l’Ardèche deviennent Vallée de la Chimie. La ville approche…

Enfin le retour. Le pied à terre s’équilibre avec le pied marin. Sept jours à bord, sept jours au port ; les équipes s’alternent dans une opposition symétrique. Le navire, les documents et le relai se transmettent, le cycle permet la continuité de la rythmique. Sept jours de port, de rapports et de repos. Mais pas de report. Très vite l’embarcation s’appareille. L’échange reprend. Le cycle perdure…

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Après nos péripéties apocalyptiques, retour à d’autres textes et d’autres styles ! Celui-ci relate la vie d’un marinier effectuant des allers et retours sur les fleuves. Ce trajet commence à Chalon et Macon sur la Saône. Celle-ci devient Rhône et il s’arrête au Port Edouart Herriot à Lyon avant de finir à Fos-Sur-Mer. Le trajet s’effectue ensuite en sens inverse. L’objectif n’était pas un descriptif documentaire de ce métier mais d’y apporter une sensibilité artistique.

Ce texte est une commande pour la jeune entreprise Echelle 1.1 que je vous conseille vivement de découvrir. Echelle 1.1 a pour but la valorisation du territoire à travers la création d’un imaginaire artistique. Cela passe par divers supports : textes, court-métrages, vues 3D, le tout de grande qualité.

Mais foin d’explications, découvrez leurs différentes compétences en allant sur leur site ! Si vous cherchez mon texte, retrouvez-le sur leur impressionnante carte multimédia !

Les photos sont toutes effectuées par le photographe Guillaume Atger. Voici l’endroit pour découvrir la pluralité de son travail : http://www.divergence-images.com/guillaume-atger/

Attention ! Ces photos ne sont pas le trajet actuel suivit par le marinier. Mon but n’était pas de coller à la réalité mais d’avoir un visuel jouant avec la thématique exploitée dans le texte. 

Ce travail de pluralité artistique est ce que je cherche pour ce site. Si vous avez des visuels (dessin, photo, gravure) voir des musiques que vous imaginez correspondre avec certains de mes écrits, n’hésitez pas à me les proposer.

A bientôt !

Amanalat

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