La nudité à l’écran

Ah, la nudité !
Ce truc que tout le monde possède sous ses vêtements, qui nous accompagne toute notre vie, et qui fait pourtant vendre à peu près n’importe quel objet, de la cafetière au sac de riz et, parfois, des sous-vêtements.
Et comme n’importe quoi d’autres, la nudité fait vendre des films. Beaucoup.
Mettons directement de côté les films pornographiques et érotiques plus ou moins soft, plus ou moins élaboré, bien qu’ils soient une grande, grande partie de tous les films existants sur la nudité. Mettons les de côté car ici, le but est assumé : exciter, de manière plus ou moins fine, plutôt moins que plus.
Revenons sur les films dit « conventionnels », ceux qui passent aux cinémas, à la télé aux heures décentes, ceux dont on parle plus facilement lors d’une conversation autours d’un café.
Dans ces films, il y a trois raisons de mettre de la nudité :
La première est de servir un propos particulier dans un film. Avec sa sœur généralement proche appelée « sexualité », la nudité souligne une émotion, une ambiance, fait avancer l’histoire. La nudité est un outil narratif pertinent. C’est l’évolution de la relation des deux héros de « Lust Cushion« . C’est la libération sexuelle dans le Paris des années 70 dans « the Dreamers« . C’est l’intensité non conventionnelle de la passion des protagonistes de l' »Empire des Sens« . C’est la solitude du héros de « Shame« , seul avec son corps.
Dans ces cas, la nudité sert à quelque chose, et surtout, la scène marcherait moins bien sans elle. Dans les « Poupées Russes« , de Céric Klapish, Romain Duris va courir nu dans Paris pour retrouver son aimée, nue elle aussi. La situation est particulièrement absurde, renforcé par cette nudité et les regards inquiets que Romain Duris envoie à droite et à gauche. Rajoutez ne serait ce qu’un caleçon, l’absurdité est moins important, la scène moins pertinente. D’où l’importance de cette nudité.
La deuxième raison est de mettre la nudité comme un acte de revendication sociale, dans des pays où généralement, elle est encore taboue, soumise à la censure. C’est, d’une certaine manière, encore le cas aux Etats Unis, qui perdent leur latin dès qu’une chanteuse montrent un bout de sein (involontaire). C’est, d’une certaine manière encore, l’empire des sens au Japon. C’est le film « Femme Ecrite », qui a fait polémique au Maroc. Ici, la nudité dépasse le cadre de l’histoire en temps que tel pour s’inscrire dans une réalité sociale.
Et puis, il y a une dernière raison de mettre de la nudité à l’écran : montrer qu’on est capable de mettre de la nudité. Montrer qu’on est des fous, de sacrés rebelles, des sans-tabous, mais dans un contexte où le faire n’est pas un immense acte de bravoure. Par exemple, je trouve qu’il y a beaucoup, beaucoup d’exemple de cette nudité inutile dans le cinéma français.
Ici, la nudité d’un acteur, d’une actrice, n’est pas là pour souligner un propos, mais pour enlever une couche de vêtement, montrer qu’on est capable de mettre une paire de seins, un bout de fesse et, pourquoi pas, intégrer ce passage dans la bande annonce pour faire vendre. C’est l’héroïne de « Five » sous la douche, puis quelques secondes après, avec sa blague sur sa « raie ». C’est Déborah François qui se dénude à la fin du film de « Populaire » (d’accord, il y a une scène d’amour après, mais comme la suggestion s’arrête spécifiquement après cette semi nudité, on sent bien que le réalisateur ne s’est pas arrêté à ce moment au hasard). C’est Louise Bourgoin qui lit son courrier dans son bain, dans « Adèle Blanc-Sec« . Car oui, bien sûr, ce cas de figure concerne particulièrement les femmes.
 nudité_amanalat-page-001.jpg
La nudité à l’écran ne doit pas être tabou. Mais montrer un corps nu sans aucune autre raison que de prouver qu’on peut montrer un corps nu prouve au contraire que la nudité n’est pas encore désacralisé, que le tabou existe encore. Et généralement, une telle scène nous arrache du film, car ce passage semble forcé et ne cadre pas avec le reste du film, tel un placement produit qui nous rappelle que le film n’est pas forcément une fin en soit, mais un moyen de vendre un objet, une femme-objet. Le réalisateur semble faire une pause dans son propre film. Avant la suite, une page de viande.
On se gausse souvent des films américains qui font dormir les filles avec un soutien gorge. C’est normal, c’est absurde, irréaliste et ça nous rappelle que le film est soumis au regard extérieur et à la censure. Encore une fois, ça nous arrache à l’histoire. Mais montrer de la nudité là où ce n’est pas nécessaire, c’est pareil, dans l’autre sens. C’est jouer, encore, avec ce tabou. C’est tout aussi absurde, ça continue de mettre le corps sur un piédestal et empêche de considérer la nudité pour ce qu’elle est vraiment : un outil comme un autre pour raconter une histoire, souligner une émotion, appuyer une situation.
Cet article a été publié dans Ciné. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s